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Pourquoi ce projet existeS’abonnerContact
Shibari Concept — une pièce japonaise feutrée avec un nœud de corde rouge dans un cercle, une branche de cerisier en fleurs, un éventail et des cordes enroulées

Ce site aborde des thèmes réservés aux adultes.

Un salon japonais avec un bonsaï et un masque dans la lumière de la fin d’après-midi.

Expérience au-delà de la corde : La raison de ce projet

À propos de ma motivation pour explorer, apprendre et partager.

 · 10 min de lecture

Ce pro­jet est né de mon be­soin de com­prendre les ex­pé­riences que j’ai vé­cues à tra­vers le shi­ba­ri. Je cher­chais des ré­ponses sur ce qui se pas­sait en moi lors de ces ex­pé­riences, sur la ma­nière d’abor­der les ren­contres fu­tures de fa­çon plus du­rable, sur ce dont je de­vais me pro­té­ger et sur la fa­çon d’in­té­grer des ex­pé­riences in­tenses par la suite afin que le shi­ba­ri puisse res­ter un es­pace émo­tion­nel­le­ment sûr pour moi.

À l’ori­gine, j’avais l’in­ten­tion d’écrire prin­ci­pa­le­ment sur des su­jets plus avan­cés, tels que le trai­te­ment dif­fé­ré des émo­tions re­fou­lées ou le désac­cord re­la­tion­nel entre la per­sonne qui at­tache et celle qui est at­ta­chée. Il est ce­pen­dant ra­pi­de­ment ap­pa­ru évident que, sans une com­pré­hen­sion de base des ré­ac­tions du corps hu­main, du sys­tème ner­veux et des dy­na­miques re­la­tion­nelles, ces su­jets man­que­raient d’un contexte es­sen­tiel.

Les ate­liers et les fes­ti­vals rendent au­jourd’hui ac­ces­sibles des tech­niques ca­pables d’ou­vrir la voie à des états de conscience très pro­fonds et à une vul­né­ra­bi­li­té psy­cho­so­ma­tique consi­dé­rable. Au sein de la com­mu­nau­té tchèque du shi­ba­ri, j’ai ce­pen­dant l’im­pres­sion qu’il n’y a tou­jours pas as­sez d’es­pace pour une édu­ca­tion sys­té­ma­tique sur la ma­nière de tra­vailler avec ces états, de les com­prendre et de sou­te­nir leur trai­te­ment en toute sé­cu­ri­té.

Une grande par­tie de l’en­sei­gne­ment se concentre na­tu­rel­le­ment sur les as­pects tech­niques des li­ga­tures, la pré­ven­tion des bles­sures phy­siques, y com­pris les lé­sions ner­veuses, l’es­thé­tique et, ces der­nières an­nées, le consen­te­ment. Ce sont là des do­maines es­sen­tiels. À mon avis, il est tou­te­fois tout aus­si im­por­tant de com­prendre la dy­na­mique psy­cho­phy­sio­lo­gique entre la per­sonne qui at­tache et celle qui est at­ta­chée, la per­cep­tion de la sé­cu­ri­té cor­po­relle, l’ac­cord re­la­tion­nel et la struc­ture de l’après-séance (af­ter­care).

L’ex­pé­rience per­son­nelle des ins­truc­teurs peut s’avé­rer ex­trê­me­ment pré­cieuse, mais elle ne peut à elle seule rem­pla­cer une com­pré­hen­sion plus ap­pro­fon­die des pro­ces­sus sus­cep­tibles d’être ac­ti­vés dans le corps et le sys­tème ner­veux pen­dant la li­ga­ture. Les ques­tions ou­vertes en­tou­rant le consen­te­ment s’étendent éga­le­ment à des do­maines par­fois né­gli­gés dans les dis­cus­sions pu­bliques, tels que la dif­fé­rence entre le consen­te­ment for­mel, la ca­pa­ci­té réelle à per­ce­voir ses propres li­mites et l’ap­ti­tude à ré­agir en conti­nu face à un état phy­sique et psy­cho­lo­gique chan­geant.

La ques­tion de sa­voir quels pro­ces­sus se dé­roulent réel­le­ment pen­dant le shi­ba­ri, et quelles condi­tions fa­vo­risent leur sta­bi­li­té et leur sé­cu­ri­té, est pro­gres­si­ve­ment de­ve­nue une pré­oc­cu­pa­tion cen­trale pour moi.

J’ai fait l’ex­pé­rience des deux fa­cettes de cette réa­li­té. Le shi­ba­ri a ou­vert un es­pace d’in­té­gra­tion in­té­rieure pro­fonde, de confiance en moi, de confiance en la per­sonne qui m’at­ta­chait et de confiance dans le lien qui s’est tis­sé entre nous pour une cer­taine pé­riode. C’était une ex­pé­rience si­tuée entre dou­leur et beau­té, entre vul­né­ra­bi­li­té et sé­cu­ri­té.

En même temps, il est éga­le­ment de­ve­nu une source d’épui­se­ment émo­tion­nel et de bles­sures qui ont af­fec­té ma re­la­tion à l’in­ti­mi­té et à mon propre corps. Il ne s’agis­sait pas de dom­mages phy­siques ou du fran­chis­se­ment dé­li­bé­ré de li­mites conve­nues. Un rôle plus im­por­tant a été joué par la né­gli­gence à long terme des be­soins so­ma­tiques et re­la­tion­nels, qui peuvent être consi­dé­rés à tort comme sans im­por­tance dans des si­tua­tions in­tenses, alors même qu’ils sont fon­da­men­taux pour un sen­ti­ment de sé­cu­ri­té.

Pen­dant long­temps, j’ai été convain­cu que le pro­blème ve­nait de moi. Que j’étais trop sen­sible. Que j’en de­man­dais trop.

En cher­chant des ré­ponses et un che­min vers la gué­ri­son, j’ai ce­pen­dant com­men­cé à com­prendre peu à peu que mes ré­ac­tions n’étaient pas la preuve d’un échec per­son­nel. Mes ému­tions n’étaient pas in­trin­sè­que­ment ex­ces­sives, mes be­soins n’étaient pas le signe d’une fai­blesse et mon ex­pé­rience n’était pas un pro­blème qui de­vait être ré­glé ou étouf­fé. C’était la ré­ponse d’un or­ga­nisme sain à des ex­pé­riences ex­cep­tion­nel­le­ment in­tenses dans un en­vi­ron­ne­ment qui n’of­frait pas un sou­tien suf­fi­sant pour les trai­ter.

Avec le re­cul, je réa­lise que cer­taines de ces consé­quences au­raient pu être évi­tées grâce à une meilleure in­for­ma­tion, une com­mu­ni­ca­tion plus ou­verte et une com­pré­hen­sion plus pré­cise des rôles de cha­cun. J’ai éga­le­ment pris conscience plus clai­re­ment qu’il y avait des mo­ments où nous com­men­cions une séance alors même que l’état psy­cho­lo­gique ou phy­sique de l’un d’entre nous ne réunis­sait pas les condi­tions pro­pices pour qu’elle se dé­roule en toute sé­cu­ri­té.

L’in­com­pa­ti­bi­li­té entre la per­sonne qui at­tache et celle qui est at­ta­chée peut ame­ner cette der­nière à res­sen­tir un manque de sou­tien psy­cho­so­ma­tique comme une rup­ture de la confiance, de la sé­cu­ri­té ou des li­mites per­son­nelles. Dans cer­tains cas, l’ex­pé­rience peut éga­le­ment tou­cher à la ques­tion du consen­te­ment, en par­ti­cu­lier lorsque les at­tentes, les pos­si­bi­li­tés de com­mu­ni­ca­tion et les res­pon­sa­bi­li­tés des deux par­ties n’ont pas été cla­ri­fiées au préa­lable. Il est tou­te­fois im­por­tant de dis­tin­guer ces si­tua­tions et de ne pas amal­ga­mer au­to­ma­ti­que­ment une vio­la­tion du consen­te­ment, un manque de soin, une in­com­pa­ti­bi­li­té re­la­tion­nelle et des at­tentes non sa­tis­faites.

La per­sonne at­ta­chée est res­pon­sable de ses dé­ci­sions, de la com­mu­ni­ca­tion de ses li­mites connues et, dans la me­sure de ses ca­pa­ci­tés, de la fa­çon dont elle gère sa propre ex­pé­rience. Elle ne peut ce­pen­dant pas contrô­ler en­tiè­re­ment chaque ré­ac­tion de son sys­tème ner­veux ni an­ti­ci­per chaque état dans le­quel elle pour­rait en­trer au cours d’une ex­pé­rience in­tense.

La per­sonne qui at­tache est quant à elle res­pon­sable de la ma­nière dont elle crée et main­tient l’es­pace, de son at­ten­tion, de sa ca­pa­ci­té à ré­agir aux chan­ge­ments et de son éva­lua­tion réa­liste de ses propres com­pé­tences. À mon sens, son rôle ne peut donc pas se li­mi­ter à la seule exé­cu­tion tech­nique des li­ga­tures. Dès l’ins­tant où elle guide une autre per­sonne à tra­vers une ex­pé­rience pro­fonde et ac­cepte sa confiance, elle s’en­gage éga­le­ment dans une dy­na­mique re­la­tion­nelle et ré­gu­la­trice qui peut avoir un im­pact si­gni­fi­ca­tif sur les deux par­ties.

Lorsque cette dy­na­mique est mal com­prise, les consé­quences peuvent af­fec­ter à la fois la per­sonne at­ta­chée et celle qui at­tache. Pour les per­sonnes at­ta­chées, cela peut se tra­duire par un sen­ti­ment amoin­dri de confiance ou de sé­cu­ri­té, ou par une di­mi­nu­tion de la ca­pa­ci­té à s’aban­don­ner à nou­veau aux cordes. Pour celles qui at­tachent, une ex­pé­rience in­fruc­tueuse peut ébran­ler la per­cep­tion de leurs propres com­pé­tences, de leur rôle et de leur ca­pa­ci­té à gui­der au­trui en toute sé­cu­ri­té à tra­vers une ex­pé­rience in­tense.

Des ex­pé­riences cor­po­relles et re­la­tion­nelles pro­fondes peuvent lais­ser des traces du­rables dans la fa­çon dont le sys­tème ner­veux per­çoit la sé­cu­ri­té, la proxi­mi­té, la confiance et la pos­si­bi­li­té de s’ou­vrir à nou­veau.

Les per­sonnes qui ap­prennent à at­ta­cher lors d’ate­liers tech­niques se voient donc confier un ou­til puis­sant. À tra­vers lui, elles peuvent in­fluen­cer de ma­nière si­gni­fi­ca­tive l’ex­pé­rience psy­cho­lo­gique et cor­po­relle d’une autre per­sonne sans tou­jours être suf­fi­sam­ment in­for­mées de tous les risques et des consé­quences pos­sibles.

Je ne suis pas cer­taine que les ins­truc­teurs eux-mêmes soient tou­jours plei­ne­ment conscients de l’éten­due de cette in­fluence. Lorsque des exer­cices à forte charge émo­tion­nelle ou re­la­tion­nelle sont in­clus à la fin des ate­liers, leur im­pact ne s’ar­rête pas né­ces­sai­re­ment lorsque le pro­gramme prend fin. L’in­té­gra­tion d’une telle ex­pé­rience peut se pour­suivre pen­dant plu­sieurs heures ou jours. Les dé­bu­tants, ce­pen­dant, ne sont pas tou­jours pré­pa­rés à cette éven­tua­li­té à l’avance et peuvent ne pas sa­voir com­ment gé­rer leurs ré­ac­tions ul­té­rieures ni où cher­cher du sou­tien.

Je ne se­rais pas sur­prise que cer­taines per­sonnes aient quit­té la com­mu­nau­té du shi­ba­ri parce que, après des ex­pé­riences ré­pé­tées, elles ont ces­sé de croire qu’il pou­vait s’agir d’un es­pace sûr pour elles ou qu’elles pou­vaient y vivre la beau­té dont elles en­ten­daient par­ler. Pour cer­taines, la cause a pu être un manque de com­pré­hen­sion et de sou­tien ; pour d’autres, des at­tentes ir­réa­listes ou idéa­li­sées ont peut-être joué un rôle. Sou­vent, plu­sieurs fac­teurs ont pu en­trer en ligne de compte plu­tôt qu’un échec ma­ni­feste de la part d’un seul in­di­vi­du.

C’est pré­ci­sé­ment pour­quoi j’es­time qu’il est im­por­tant de par­ler de com­mu­ni­ca­tion, de be­soins, du fonc­tion­ne­ment du sys­tème ner­veux, d’en­vi­ron­ne­ments sûrs et de l’in­té­gra­tion d’ex­pé­riences pro­fondes.

Et aus­si de la res­pon­sa­bi­li­té qui naît lors­qu’une per­sonne tient entre ses mains non seule­ment une corde, mais aus­si la confiance d’au­trui.

J’abor­de­rai éga­le­ment la ques­tion du consen­te­ment.

Les in­for­ma­tions que je par­tage ici sont des­ti­nées prin­ci­pa­le­ment à ser­vir de ma­té­riel de ré­flexion et d’ins­pi­ra­tion dans la re­cherche de ses propres ré­ponses. Je ne suis ni psy­cho­logue ni thé­ra­peute, et je n’ai pas fait d’études for­melles dans ces do­maines. Mon ob­jec­tif n’est pas de four­nir des soins pro­fes­sion­nels ni de dé­crire chaque su­jet de ma­nière ex­haus­tive.

Dans ces textes, je m’ap­puie sur ma propre ex­pé­rience, sur des études in­dé­pen­dantes et sur un ef­fort pour re­lier des pers­pec­tives is­sues de dif­fé­rents do­maines au contexte du shi­ba­ri. Je m’ef­for­ce­rai donc de dis­tin­guer aus­si clai­re­ment que pos­sible entre les connais­sances gé­né­ra­le­ment ad­mises, leur ap­pli­ca­tion pos­sible aux li­ga­tures et ma propre in­ter­pré­ta­tion. Lorsque j’em­ploie une ter­mi­no­lo­gie spé­cia­li­sée, je ne la traite pas comme l’ex­pli­ca­tion dé­fi­ni­tive de chaque ex­pé­rience in­di­vi­duelle, mais comme un cadre pos­sible sus­cep­tible de nous ai­der à mieux com­prendre ce qui est en train de se pro­duire.

J’es­père que lors­qu’un pro­blème sur­vien­dra, vous ne vous tour­ne­rez pas au­to­ma­ti­que­ment vers le blâme mu­tuel, mais ten­te­rez au contraire de cher­cher en­semble une ex­pli­ca­tion hon­nête sur ce qui doit être mo­di­fié, amé­lio­ré ou abor­dé dif­fé­rem­ment la pro­chaine fois.

Une ex­pé­rience in­tense dans les cordes peut très fa­ci­le­ment ré­vé­ler les li­mites psy­cho­so­ma­tiques des deux per­sonnes im­pli­quées. Lors­qu’une séance se ter­mine mal, il existe une ten­dance na­tu­relle à per­son­na­li­ser l’échec et à re­je­ter la faute sur son par­te­naire. Par­fois, bien en­ten­du, une res­pon­sa­bi­li­té spé­ci­fique doit être clai­re­ment nom­mée. Ce­pen­dant, toute ex­pé­rience dif­fi­cile n’est pas le ré­sul­tat d’une in­ten­tion mal­veillante, d’une né­gli­gence dé­li­bé­rée ou d’un échec per­son­nel.

La com­pré­hen­sion des pro­ces­sus neu­ro­bio­lo­giques et so­ma­tiques peut nous ai­der à sor­tir du cycle de la cri­tique et de la bles­sure. Une ex­pé­rience in­fruc­tueuse ou un choc émo­tion­nel sub­sé­quent peut ré­sul­ter d’une sur­charge du sys­tème ner­veux, d’un ac­cord re­la­tion­nel in­suf­fi­sant, d’un manque de co­ré­gu­la­tion, d’at­tentes floues ou d’une com­bi­nai­son de plu­sieurs cir­cons­tances.

Ce type de com­pré­hen­sion nous per­met de per­ce­voir les mo­ments de crise non seule­ment comme la preuve d’un échec in­di­vi­duel, mais aus­si comme un mes­sage de l’or­ga­nisme et de la re­la­tion. Cela peut nous in­di­quer où l’ap­proche tech­nique doit chan­ger, où la com­mu­ni­ca­tion doit être amé­lio­rée, où le sou­tien mu­tuel doit être ren­for­cé, où la com­pa­ti­bi­li­té de­vrait être ré­éva­luée, ou en­core où une struc­ture plus sûre doit être mise en place pour l’ex­pé­rience fu­ture.

Je m’ex­cuse de ne pas avoir ac­tuel­le­ment la ca­pa­ci­té de ré­pondre aux ques­tions ou de par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment aux dis­cus­sions qui sui­vront. Il reste en­core de nom­breux su­jets que j’ai­me­rais ou­vrir et ex­plo­rer pro­gres­si­ve­ment, et pour l’ins­tant, je dois consa­crer l’es­sen­tiel de mon temps à ces der­niers. Rien n’em­pêche ce­pen­dant qui­conque de s’em­pa­rer de cer­taines de ces idées, de les dé­ve­lop­per de ma­nière au­to­nome et plus ap­pro­fon­die, ou même de les re­mettre en ques­tion si elles sont ju­gées ob­so­lètes. Je se­rai ra­vie si les textes pu­bliés servent de point de dé­part à une ré­flexion et à un dé­bat ul­té­rieurs, même si je ne suis pas en me­sure d’y par­ti­ci­per per­son­nel­le­ment.

J’es­père que ce site web fa­vo­ri­se­ra le dia­logue entre vous et ap­por­te­ra da­van­tage de com­pré­hen­sion, de sé­cu­ri­té, d’épa­nouis­se­ment et de joie dans vos par­cours par­ta­gés au sein des cordes.

Re­marque : chaque ar­ticle pu­blié est conçu pour pou­voir être lu de ma­nière au­to­nome. C’est pour­quoi cer­taines ex­pli­ca­tions et connexions fon­da­men­tales peuvent être ré­pé­tées d’un texte à l’autre. Le but de cette ré­pé­ti­tion est d’of­frir un contexte com­plet aux lec­teurs qui dé­couvrent un su­jet par­ti­cu­lier pour la pre­mière fois.