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Shibari Concept — une pièce japonaise feutrée avec un nœud de corde rouge dans un cercle, une branche de cerisier en fleurs, un éventail et des cordes enroulées

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Femme agenouillée de dos dans une robe verte avec un laçage

Qu’entendons-nous par subspace

Entre absorption profonde et réponse à la surcharge

 · 13 min de lecture

Le sub­space est un terme em­ployé prin­ci­pa­le­ment dans l’uni­vers du BDSM pour dé­si­gner des al­té­ra­tions de la conscience qui peuvent sur­ve­nir au cours d’une ex­pé­rience cor­po­relle, émo­tion­nelle et re­la­tion­nelle in­tense. Les in­di­vi­dus le dé­crivent comme une mo­di­fi­ca­tion de la per­cep­tion du temps, un af­fai­blis­se­ment de la pen­sée ver­bale et ana­ly­tique, une concen­tra­tion pro­fonde sur les sen­sa­tions phy­siques, une mé­ta­mor­phose de la dou­leur, un sen­ti­ment de lé­gè­re­té, de calme, d’aban­don ou une connexion re­la­tion­nelle ex­tra­or­di­naire.

Bien que cer­taines des­crip­tions se re­coupent d’une com­mu­nau­té et d’une pra­tique à l’autre, le sub­space ne pos­sède pas de dé­fi­ni­tion scien­ti­fique uni­fiée. Il ne s’agit pas non plus d’un état neu­ro­bio­lo­gique cir­cons­crit avec cer­ti­tude qui pour­rait être iden­ti­fié par un mé­ca­nisme unique, un mar­queur phy­sio­lo­gique ou un en­semble de ma­ni­fes­ta­tions ex­té­rieures. Il est plus ri­gou­reux de l’ap­pré­hen­der comme une éti­quette com­mu­nau­taire et phé­no­mé­no­lo­gique re­cou­vrant un en­semble d’ex­pé­riences par­tiel­le­ment ana­logues pou­vant éclore par des voies di­verses.

L’in­ves­ti­ga­tion des in­ter­ac­tions BDSM a déjà mis en lu­mière cer­taines mu­ta­tions liées à la ré­gu­la­tion du stress, à la per­cep­tion de la dou­leur, au lien so­cial ou à des états s’ap­pa­ren­tant au flow. Pour au­tant, le sub­space ne dis­pose pas en­core d’un mo­dèle scien­ti­fique suf­fi­sam­ment va­li­dé. Ses mé­ca­nismes po­ten­tiels sont par consé­quent in­fé­rés prin­ci­pa­le­ment à par­tir de connais­sances plus gé­né­rales sur le fonc­tion­ne­ment pré­dic­tif du cer­veau, la ré­gu­la­tion au­to­nome, l’in­té­ro­cep­tion, l’at­ten­tion, la dou­leur, l’at­ta­che­ment so­cial et les états mo­di­fiés de conscience.

Nous avons abor­dé ces dif­fé­rents do­maines dans des contri­bu­tions an­té­rieures – La si­gni­fi­ca­tion évo­lu­tive des états mo­di­fiés de conscience, qui ex­pli­cite pour­quoi le sys­tème ner­veux est en me­sure de se ré­or­ga­ni­ser ain­si ; Le cer­veau pré­dic­tif, axé sur la ma­nière dont les at­tentes fa­çonnent la per­cep­tion ; Le sys­tème ner­veux au­to­nome, consa­cré à la ré­gu­la­tion de la mo­bi­li­sa­tion et de la ré­cu­pé­ra­tion ; et L’in­té­ro­cep­tion : com­ment le corps parle au cer­veau, qui dé­taille la ge­nèse du vécu à par­tir d’un si­gnal cor­po­rel. Nous pou­vons dé­sor­mais les re­lier pour for­mu­ler une in­ter­ro­ga­tion plus pré­cise : que dé­si­gnons-nous pré­ci­sé­ment par le mot sub­space et pour­quoi des vé­cus dé­crits de fa­çon si­mi­laire peuvent-ils sourdre de pro­ces­sus dis­tincts ?

Ce que nous désignons par le terme subspace

Le sub­space ne consti­tue pas une ex­pé­rience vé­cue de ma­nière iden­tique par chaque in­di­vi­du. Chez l’un, il pour­ra se ma­ni­fes­ter par une mu­ta­tion pro­non­cée de la per­cep­tion du temps et de l’es­pace en­vi­ron­nant ; chez un autre, prio­ri­tai­re­ment par un bou­le­ver­se­ment de la per­cep­tion cor­po­relle, une di­mi­nu­tion du be­soin de par­ler ou une fo­ca­li­sa­tion in­time sur au­trui. D’au­cuns le dé­crivent comme un havre de paix et de lé­gè­re­té, d’au­cuns comme une ou­ver­ture émo­tion­nelle in­tense ou un état où s’ef­face le be­soin cou­tu­mier d’ana­ly­ser le dé­rou­le­ment de l’ex­pé­rience.

Même chez un même in­di­vi­du, sa confi­gu­ra­tion peut va­rier d’une oc­cur­rence à l’autre. Le ré­sul­tat su­bit l’in­fluence de l’état cor­po­rel ins­tan­ta­né, de la fa­tigue, des at­tentes, de la mo­da­li­té de sti­mu­la­tion, de l’en­vi­ron­ne­ment, de la re­la­tion unis­sant les pro­ta­go­nistes, du pas­sif de cha­cun ain­si que du sen­ti­ment de sé­cu­ri­té et de pré­vi­si­bi­li­té qu’ins­pire la si­tua­tion.

Dès lors, le sub­space ne sau­rait être ap­pré­hen­dé comme un seuil net­te­ment dé­li­mi­té que l’on fran­chit ou non. Il s’ap­pa­rente plu­tôt à une évo­lu­tion gra­duelle dans l’or­ga­ni­sa­tion de l’at­ten­tion, de la per­cep­tion, des émo­tions et de la ré­gu­la­tion cor­po­relle. La fron­tière entre la concen­tra­tion or­di­naire, l’ab­sorp­tion pro­fonde et l’état de conscience pro­fon­dé­ment al­té­ré n’est pas né­ces­sai­re­ment tran­chée.

Pa­ral­lè­le­ment, le sub­space ne consti­tue ni une com­po­sante obli­ga­toire du BDSM ni l’aune à la­quelle me­su­rer la qua­li­té d’une ex­pé­rience. Son ab­sence ne tra­duit ni un dé­faut de confiance, ni une in­ten­si­té mé­diocre, ni une in­ca­pa­ci­té à l’aban­don. Il ne doit point s’éri­ger en un ob­jec­tif de per­for­mance qu’il convien­drait d’at­teindre en exa­cer­bant les sti­mu­la­tions ou en éti­rant la du­rée de l’exer­cice.

Ce que le subspace n’est pas

L’un des rac­cour­cis les plus fré­quents consiste à s’ima­gi­ner que le sub­space dé­coule di­rec­te­ment de la dou­leur. La dou­leur ou toute autre sti­mu­la­tion cor­po­relle mar­quée peut certes comp­ter par­mi les sti­mu­li concou­rant à la mu­ta­tion du vécu, mais elle ne re­pré­sente ni une condi­tion né­ces­saire ni une condi­tion suf­fi­sante.

De sem­blables bas­cu­le­ments de l’at­ten­tion et de la conscience peuvent éga­le­ment s’opé­rer par le tru­che­ment du rythme, de la ré­pé­ti­tion, de la conten­tion, du tou­cher, de la charge émo­tion­nelle de la si­tua­tion, de la concen­tra­tion pro­fonde ou de la confiance dans le cadre re­la­tion­nel. L’ex­pé­rience fi­nale ne jaillit pas d’un sti­mu­lus unique, mais de l’al­chi­mie entre si­gnaux cor­po­rels, at­tentes, ré­gu­la­tion au­to­nome, at­ten­tion et contexte re­la­tion­nel.

De sur­croît, le sub­space ne peut être pu­re­ment et sim­ple­ment as­si­mi­lé à la transe hyp­no­tique, au flow ou à la dis­so­cia­tion. S’il par­tage avec ces états cer­taines ma­ni­fes­ta­tions – telles que la dis­tor­sion tem­po­relle, l’at­té­nua­tion du mo­no­logue in­té­rieur, le ré­tré­cis­se­ment at­ten­tion­nel ou le be­soin res­treint de mou­ve­ment et de com­mu­ni­ca­tion –, cela ne si­gni­fie nul­le­ment qu’ils par­tagent le même sou­bas­se­ment ou la même si­gni­fi­ca­tion.

Il est tout aus­si in­exact de pré­tendre qu’un in­di­vi­du en sub­space conserve in­las­sa­ble­ment l’en­tière ca­pa­ci­té de son­der fi­ne­ment ses propres li­mites et de les si­gni­fier sur-le-champ. Si la conscience n’est pas né­ces­sai­re­ment abo­lie, la ré­par­ti­tion de l’at­ten­tion, la ci­né­tique du trai­te­ment de l’in­for­ma­tion ain­si que l’ap­ti­tude à nom­mer et à éva­luer les si­gnaux cor­po­rels peuvent s’en trou­ver al­té­rées. De sur­croît, le sen­ti­ment in­time que tout va pour le mieux ne cor­res­pond pas tou­jours à l’état réel des nerfs, des tis­sus, de la cir­cu­la­tion san­guine ou de la charge phy­sio­lo­gique glo­bale.

Le sub­space ne pos­sède pas de pa­no­plie uni­voque de signes ex­té­rieurs. Le si­lence, l’im­mo­bi­li­té, la fer­me­ture des yeux, le phra­sé ra­len­ti, le sou­rire, une to­lé­rance ac­crue à la dou­leur ou la ra­re­té des ré­ponses ver­bales ne suf­fisent pas à at­tes­ter de ma­nière fiable de ce que vit la per­sonne. Des ex­pres­sions ana­logues peuvent es­cor­ter une ab­sorp­tion pro­fonde, la fa­tigue, une sur­charge, une ré­ac­tion dé­fen­sive, une rup­ture dis­so­cia­tive ou un désordre d’ordre phy­sio­lo­gique.

La cause in­time de cet état ne sau­rait par consé­quent être dé­duite de la seule ob­ser­va­tion ex­té­rieure. Ni la pré­sente contri­bu­tion ni les textes sub­sé­quents n’ont vo­ca­tion à ac­cré­di­ter l’idée qu’il se­rait pos­sible de clas­si­fier ai­sé­ment un in­di­vi­du dans une case uni­voque au cœur d’une ex­pé­rience in­tense.

Le cerveau prédictif dans la dynamique du BDSM

Le cer­veau hu­main n’est point un ré­cep­teur pas­sif d’in­for­ma­tions. En s’ap­puyant sur ses ex­pé­riences an­té­rieures, son état cor­po­rel et le contexte pré­sent, il écha­faude en per­ma­nence des an­ti­ci­pa­tions sur ce qui se pro­duit et sur ce qui va ad­ve­nir – les prin­cipes du trai­te­ment pré­dic­tif et de l’er­reur de pré­dic­tion ayant été dé­ve­lop­pés en dé­tail dans l’ar­ticle Le cer­veau pré­dic­tif. Le cer­veau confronte les in­for­ma­tions af­fluantes à ces at­tentes et ajuste, en fonc­tion du ré­sul­tat, son at­ten­tion, sa ré­gu­la­tion cor­po­relle ain­si que sa dis­po­si­tion à agir.

Dans une confi­gu­ra­tion BDSM, le sys­tème ner­veux ne se borne donc pas à dé­co­der la pres­sion, la dou­leur, le tou­cher, l’en­trave ou le ton de la voix : il en jauge éga­le­ment la por­tée. Il in­tègre le fait que l’ex­pé­rience ait été consen­tie, qu’elle ré­ponde aux ac­cords préa­lables, que l’in­ter­lo­cu­teur se montre pré­vi­sible, que les fron­tières pro­cla­mées pèsent réel­le­ment sur la suite et que l’or­ga­nisme conserve une marge de ré­ac­tion suf­fi­sante.

Un même sti­mu­lus phy­sique pour­ra ain­si être vécu comme pé­rilleux dans un contexte, et comme sta­bi­li­sant, ex­ci­tant ou pro­fon­dé­ment uni­fi­ca­teur dans un autre. La di­ver­gence ne ré­side pas seule­ment dans l’acui­té du sti­mu­lus, mais dans l’at­tente, la co­lo­ra­tion re­la­tion­nelle et l’état ré­gu­la­teur glo­bal de l’or­ga­nisme.

Si le sys­tème ner­veux re­çoit de ma­nière ité­ra­tive l’in­for­ma­tion que la si­tua­tion est sûre, pré­vi­sible et res­pec­tueuse, le be­soin de pi­lo­ter consciem­ment chaque frac­tion de se­conde peut s’ame­nui­ser. L’in­di­vi­du en­dos­sant un rôle sou­mis ou ré­cep­tif peut s’af­fran­chir de la pla­ni­fi­ca­tion conti­nue du pas sui­vant pour s’en re­mettrent da­van­tage à la char­pente de l’ex­pé­rience et à la confiance vouée à l’autre.

Cela ne si­gni­fie point qu’il ab­dique son au­to­no­mie ou que la res­pon­sa­bi­li­té de sa sé­cu­ri­té et de son consen­te­ment bas­cule pu­re­ment et sim­ple­ment sur au­trui. C’est avant tout la mo­da­li­té du contrôle conscient qui se mé­ta­mor­phose. L’at­ten­tion peut mi­grer de la pla­ni­fi­ca­tion et de l’auto-éva­lua­tion vers les sen­sa­tions cor­po­relles, les af­fects, le rythme et le contact re­la­tion­nel.

À l’échelle sub­jec­tive, ce glis­se­ment peut se tra­duire par l’étio­le­ment de la pen­sée li­néaire, une mu­ta­tion du rap­port au temps, un res­sen­ti char­nel ma­jo­ré ou un calme abys­sal en dé­pit d’une ac­ti­va­tion phy­sio­lo­gique de haut vol. Il ne s’agit pas né­ces­sai­re­ment d’une mise en som­meil glo­bale du cer­veau, mais plus exac­te­ment d’une ré­af­fec­ta­tion tran­si­toire des prio­ri­tés fonc­tion­nelles, où cer­tains modes de trai­te­ment s’ef­facent au pro­fit d’autres.

Deux voies possibles vers un vécu analogue

Un état dé­crit de ma­nière si­mi­laire ou ex­té­rieu­re­ment com­pa­rable peut éclore sous l’ef­fet d’au moins deux pro­ces­sus dis­tincts, les­quels ne forment tou­te­fois pas des ca­té­go­ries étanches : ils peuvent s’en­tre­mê­ler, se suc­cé­der ou se mé­ta­mor­pho­ser au fil d’une même ex­pé­rience.

La pre­mière voie est celle d’une ab­sorp­tion pro­gres­sive étayée par la sé­cu­ri­té. Le sys­tème ner­veux éva­lue de fa­çon ré­pé­tée la si­tua­tion comme pré­vi­sible, maî­tri­sable et res­pec­tueuse, le dis­pen­sant ain­si d’al­louer une ca­pa­ci­té ex­ces­sive à la sur­veillance du pé­ril et au pi­lo­tage conscient de chaque ins­tant.

L’at­ten­tion peut se res­ser­rer peu à peu vers le corps, le souffle, le rythme, le tou­cher et la re­liance. La pen­sée ana­ly­tique peut s’ef­fa­cer, non point par dé­li­ques­cence des ca­pa­ci­tés de trai­te­ment de l’or­ga­nisme, mais parce qu’il n’est plus re­quis de di­la­pi­der tant de res­sources dans la sur­veillance du mi­lieu, la pla­ni­fi­ca­tion et la gou­ver­nance de l’ins­tant. L’in­di­vi­du de­meure ou­vert à l’ex­pé­rience tout en l’in­té­grant au fil de l’eau.

La se­conde voie est celle d’un ré­tré­cis­se­ment du trai­te­ment sous l’ef­fet d’une haute in­ten­si­té. L’af­flux de sti­mu­li mé­ca­niques, sen­so­riels, émo­tion­nels ou re­la­tion­nels peut pro­pul­ser l’or­ga­nisme au voi­si­nage des fron­tières de sa ca­pa­ci­té ins­tan­ta­née. Le sys­tème ner­veux peut alors res­treindre le vo­lume des in­for­ma­tions trai­tées, mu­se­ler cer­tains si­gnaux cor­po­rels ou bri­der l’ap­ti­tude à ana­ly­ser la si­tua­tion sur un mode ver­bal et ana­ly­tique.

Sub­jec­ti­ve­ment, cet état peut en­ve­lop­per un sen­ti­ment de sou­la­ge­ment, une mise à dis­tance de la dou­leur, l’abo­li­tion de la no­tion tem­po­relle ou l’as­sour­dis­se­ment du mo­no­logue in­té­rieur. Il frôle si­mul­ta­né­ment les pro­ces­sus dé­fen­sifs ou dis­so­cia­tifs. L’in­ten­si­té brute du vécu sub­jec­tif ne ren­seigne en rien sur le point de sa­voir si l’or­ga­nisme de­meure ou­vert ou s’il se re­plie par­tiel­le­ment pour to­lé­rer l’épreuve.

Ces deux tra­jec­toires ne sau­raient donc être pré­sen­tées comme des re­cettes équi­va­lentes pour l’ob­ten­tion d’un état dé­si­ré. La sur­charge n’est point une mé­thode dont l’am­bi­tion se­rait d’in­vo­quer le sub­space : elle consti­tue un pro­ces­sus po­ten­tiel sus­cep­tible d’en­gen­drer des ma­ni­fes­ta­tions ap­pa­ren­tées tout en en­tra­vant l’orien­ta­tion, le dia­logue et l’as­si­mi­la­tion ul­té­rieure du vécu.

Ex­té­rieu­re­ment, les deux pro­ces­sus peuvent prê­ter à confu­sion : la per­sonne pour­ra pa­raître si­len­cieuse, im­mo­bile, ra­len­tie ou peu pro­lixe. Même le ré­cit sub­jec­tif a pos­te­rio­ri ne per­met pas tou­jours de tra­cer une fron­tière uni­voque entre l’ab­sorp­tion pro­fonde et la ri­poste à l’hy­per-in­ten­si­té.

Par consé­quent, les deux ar­ticles à ve­nir ne dé­pein­dront point deux ca­té­go­ries ai­sé­ment iden­ti­fiables, mais bien deux tra­jec­toires ré­gu­la­trices théo­riques : la pre­mière s’at­ta­che­ra à l’ab­sorp­tion crois­sante is­sue de la sé­cu­ri­té, de la pré­vi­si­bi­li­té et de la confiance ; la se­conde ex­plo­re­ra le res­ser­re­ment du trai­te­ment sous l’ef­fet de l’in­ten­si­té, les li­sières de la ca­pa­ci­té in­té­gra­tive et les in­ter­si­dé­ra­tions entre sub­space, sur­charge et dis­so­cia­tion.

Portée intégrative potentielle et vulnérabilité spécifique

Pour cer­tains, le sub­space peut s’in­car­ner en une ex­pé­rience sub­jec­ti­ve­ment ma­jeure, li­bé­ra­trice ou uni­fi­ca­trice. Dans un es­pace sé­cu­ri­sé et res­pec­tueux, l’in­di­vi­du peut tra­ver­ser des états so­ma­tiques ou émo­tion­nels in­tenses sans que son sys­tème ner­veux n’y dé­cèle au­to­ma­ti­que­ment une me­nace in­con­trô­lable.

Une telle tra­ver­sée peut sub­ver­tir cer­taines an­ti­ci­pa­tions an­crées. L’in­di­vi­du pour­ra par exemple dé­cou­vrir que l’en­trave ne rime pas sys­té­ma­ti­que­ment avec im­puis­sance, qu’une forte ac­ti­va­tion cor­po­relle ne se confond pas avec le pé­ril, ou que la vul­né­ra­bi­li­té peut s’ac­cor­der au res­pect et au pou­voir d’in­fluer sur le cours des choses.

Il se­rait tou­te­fois abu­sif d’af­fir­mer que le sub­space pos­sède en soi une ver­tu thé­ra­peu­tique au­to­ma­tique. L’in­ten­si­té, l’ou­ver­ture émo­tion­nelle ou la sen­sa­tion d’un aban­don to­tal ne ga­ran­tissent en rien une mé­ta­mor­phose po­si­tive pé­renne. La por­tée de l’ex­pé­rience dé­pend de son écrin, de sa ci­né­tique, du par­cours de la per­sonne et de la ma­nière dont elle l’in­cor­po­re­ra par la suite dans son exis­tence.

Pa­ral­lè­le­ment, l’état mo­di­fié de conscience peut exa­cer­ber la vul­né­ra­bi­li­té re­la­tion­nelle. Lorsque le be­soin cou­tu­mier d’ana­ly­ser et de pi­lo­ter la si­tua­tion s’étiole, les actes d’au­trui ac­quièrent un poids sub­jec­tif dé­me­su­ré. Une tra­hi­son de la confiance, une ma­ni­pu­la­tion ou une ef­frac­tion des fron­tières peuvent dès lors en­gen­drer de graves ré­per­cus­sions. Pré­tendre qu’une telle ex­pé­rience s’ins­crit tou­jours dans la mé­moire « plus pro­fon­dé­ment » qu’un vécu à l’état de conscience or­di­naire se­rait in­exact ; il est plus ri­gou­reux d’avan­cer que l’orien­ta­tion amoin­drie, la charge émo­tion­nelle pa­roxys­tique et l’ou­ver­ture re­la­tion­nelle peuvent en am­pli­fier l’im­pact.

Le pré­sent ar­ticle n’a pas vo­ca­tion à en­sei­gner com­ment dé­co­der, au cœur de l’ac­tion, quel pro­ces­sus est à l’œuvre, ni com­ment le rig­ger ou le par­te­naire doivent ré­pondre à chaque ma­ni­fes­ta­tion. L’état in­time d’un être ne se laisse pas tou­jours aus­cul­ter de l’ex­té­rieur avec cer­ti­tude, et l’on ne sau­rait exi­ger d’au­trui qu’il l’iden­ti­fie ou le nomme avec exac­ti­tude.

L’ap­proche pra­tique ne peut donc re­po­ser sur la convic­tion que nous pé­né­trons par ef­frac­tion les ar­canes de ce que vit l’autre. Elle doit com­po­ser avec l’in­cer­ti­tude et s’ar­ri­mer prio­ri­tai­re­ment aux mu­ta­tions ob­ser­vables ain­si qu’à la char­pente préa­la­ble­ment éri­gée. La ma­nière d’in­ter­agir avec une per­sonne plon­gée dans un état mo­di­fié de conscience sans exi­ger de l’éti­que­ter pré­ci­sé­ment fera l’ob­jet d’une contri­bu­tion au­to­nome.

Nous consa­cre­rons éga­le­ment un vo­let dis­tinct au re­tour d’une ex­pé­rience in­tense et à l’af­ter­care. Les be­soins post-ex­pé­rience peuvent va­rier à l’in­fi­ni et ne sau­raient être dé­duits du seul fait qu’un in­di­vi­du qua­li­fie ou non son état de sub­space.

Conclusion

Le sub­space s’en­tend plus ri­gou­reu­se­ment comme une ap­pel­la­tion com­mu­nau­taire re­cou­vrant une constel­la­tion de mu­ta­tions du vécu pou­vant éclore au cours d’une ex­plo­ra­tion cor­po­relle et re­la­tion­nelle in­tense et consen­tie. Il peut en­glo­ber une al­té­ra­tion du temps, un ré­tré­cis­se­ment at­ten­tion­nel, l’ef­fri­te­ment de la pen­sée ver­bale et ana­ly­tique, la trans­mu­ta­tion de la dou­leur, un en­ra­ci­ne­ment char­nel pro­fond ain­si qu’un dia­pa­son re­la­tion­nel pro­non­cé.

L’état ac­tuel des connais­sances ne per­met tou­te­fois pas de consa­crer le sub­space comme une en­ti­té neu­ro­bio­lo­gique uni­voque et cir­cons­crite. Dé­pour­vu de cause unique, de pa­no­plie sé­mio­tique ex­té­rieure fiable et ré­frac­taire à toute iden­ti­fi­ca­tion sé­cu­ri­sée par la seule ob­ser­va­tion com­por­te­men­tale, il se dé­robe aux clas­se­ments hâ­tifs.

De sur­croît, un ta­bleau sub­jec­tif ou ex­té­rieur sem­blable peut sourdre de pro­ces­sus hé­té­ro­gènes. D’un côté, une ab­sorp­tion pro­gres­sive por­tée par la sé­cu­ri­té, la pré­vi­si­bi­li­té et la foi ; de l’autre, un res­ser­re­ment du trai­te­ment conscient ar­ri­mé à la haute in­ten­si­té et au frô­le­ment des fron­tières ca­pa­ci­taires de l’or­ga­nisme. Ces cou­rants peuvent s’en­tre­la­cer, et leur ligne de par­tage de­meure par­fois im­per­cep­tible au cœur de l’ac­tion.

Les deux textes sub­sé­quents s’at­tar­de­ront par consé­quent en dé­tail sur ces deux axes : l’ab­sorp­tion éclose de la sé­cu­ri­té, et le res­ser­re­ment du trai­te­ment né de l’in­ten­si­té ou de la sur­charge. D’autres ar­ticles au­to­nomes ex­plo­re­ront l’ac­com­pa­gne­ment d’une per­sonne en état mo­di­fié de conscience ain­si que l’art de l’après-coup.